Je scroll donc je suis

Écrans et santé
  • copier
Je <i>scroll</i> donc je suis

À travers le style vestimentaire, la porte d’une case ou les pages d’un agenda, les ados[1] ont toujours trouvé différentes avenues où exprimer leur personnalité. Aujourd’hui, le téléphone leur offre une page blanche pour exposer leurs préférences et champs d’intérêt à bien plus grande échelle que celle de l’école. À l’âge où l’identité est éditée et reconfigurée assidûment, comment les ados se représentent-ils sur les médias sociaux?

 

1. Qu’est-ce que l’identité?

L’identité est un concept très large, mais on peut rapidement la résumer à la singularité d’une personne. On peut penser au genre, aux origines ethnoculturelles, aux traits de personnalité, à ce qu’un individu aime ou valorise. Bref, une courtepointe de caractéristiques qui rend quelqu’un unique.

2. Une image personnelle soignée

Les médias sociaux permettent un contrôle inédit de notre image personnelle. À l’adolescence, on se construit une autonomie relationnelle, et alimenter un profil offre l’occasion d’exposer à son entourage ce qui nous distingue.

Un post, une story, le choix d’émojis: tout est réfléchi en fonction de la présentation de soi. Les photos qui composent un profil de média social deviennent pour l’ado qui s’y projette un canevas où manifester aux autres ce qui forme son unicité.

Amira a publié une photo du dernier match de foot avec un drapeau? Ses racines algériennes font partie de son identité. Louis a partagé des snaps de son dernier maquillage? On n’aurait pas su qu’il était aussi talentueux autrement, car il ne se maquille pas à l’école. Ainsi, on découvre une partie des autres.

3. Être authentique… mais esthétique!

L’authenticité est une valeur très importante pour les jeunes, qui pourtant souhaitent aussi paraître sous un jour avantageux ou un profil embelli. Jongler entre le bien paraître et être vrai est un jeu qui demande réflexion et sensibilité.

Le souci esthétique n’est pas nécessairement une dénaturation du réel. Il peut être précisément une manière d’apposer sa signature et d’être fidèle à soi-même. À l’inverse, une ado qui pratique le piano tous les jours ne ressent peut-être pas l’envie de l’exposer sur les médias sociaux: au-delà de la culture numérique, il reste bien sûr le choix personnel. La meilleure façon de comprendre ses interactions avec les réseaux sociaux n’est pas de juger, mais d’en discuter avec l’ado en question, tout en gardant une attitude bienveillante.

4. Cultiver des champs d’intérêt

– Alicia Moffet, tu la connais?

– Oui! Je la suis sur Instagram.

–  J’aime sa musique.

–  Moi aussi, je suis abonnée à beaucoup d’artistes d’ici.

YouTube, Snapchat ou d’autres réseaux sociaux permettent aux ados de cultiver les champs d’intérêt qu’ils ou elles chérissent en s’abonnant aux comptes d’amis et de personnalités publiques.

Comme les affiches de groupes de musique qu’on épingle sur les murs d’une chambre à coucher, un téléphone mobile est un espace personnalisé selon ses activités favorites. En s’intéressant aux comptes favoris des ados, on en apprend davantage sur les sujets qu’ils ou elles préfèrent.

Le contenu scrollé sur nos fils d’actualité est un contenu de choix pour alimenter les conversations. De la même façon que leurs parents discutent du dernier épisode de District 31, les ados vont parler des vidéos et des influenceuses et influenceurs du moment. Ces modèles culturels permettent de socialiser et de partager des choses en commun, mais ils doivent être consommés avec un sens critique pour éviter de sacrifier son identité personnelle à l’hôtel de la dernière mode homogène «instagrammable».

5. Accepter de ne pas tout comprendre

Une chose est certaine, les ados ont toujours eu leur identité en marge des adultes, ont toujours eu leur cadre générationnel à eux. Il est naturel de ne pas saisir toutes les blagues ou de toujours cerner l’intérêt derrière la vidéo de l’heure. Il faut accepter de ne pas tout comprendre: c’est normal, et même sain.

L’adolescence est une quête d’autonomie. Expérimenter différents champs d’intérêt dans le confort de sa maison familiale grâce à son téléphone ou sa tablette est une possibilité parmi d’autres d’exploration et d’apprentissage de soi.

 

[1] Le terme «ado» est préféré à «adolescent» et «adolescente» pour sa qualité épicène.

PAR

Bien-être numérique

Conçu par et pour les jeunes, Bien-être numérique invite les ados à réfléchir à la place qu’occupent Internet, les téléphones intelligents et les médias sociaux dans leur vie par le biais d’ateliers d’autodéfense numérique.

Ben - Bien être numérique