Améliorer ses habitudes

La technoférence: Quand la techno interfère dans nos relations

Par équipe PAUSE, en collaboration avec Catalina Briceño

La technoférence: Quand la techno interfère dans nos relations

Demander au plus jeune d’attendre pendant qu’on termine de lire un courriel pour le travail. Écouter d’une oreille distraite l’aînée qui raconte sa journée parce qu’on est absorbé par notre fil Instagram. Interrompre une conversation avec son partenaire à cause d’une notification qui apparaît sur notre cellulaire… Tout ça vous dit quelque chose?

Dans notre monde hyperconnecté, on laisse constamment les écrans interférer dans nos interactions avec les autres, incluant les membres de notre famille. Le problème, c’est que ça arrive tous les jours, voire plusieurs fois par jour, et que ç’a des répercussions sur nos relations.

Ce phénomène intéresse les spécialistes depuis plusieurs années. En 2012, le chercheur en psychologie familiale Brandon McDaniel a créé le terme technoférence pour décrire ces « interruptions quotidiennes dans les interactions interpersonnelles ou dans le temps passé ensemble en raison des dispositifs technologiques, numériques et mobiles ». Ce dernier étudiait alors les effets des écrans sur les interactions dans les relations amoureuses et de coparentalité. Or, le terme a été réutilisé cinq ans plus tard dans des recherches portant sur la relation parent-enfant. « Ces études ont démontré que les interruptions quotidiennes entraînent une réelle détérioration dans la relation parent-enfant », indique Catalina Briceño, professeure à l’École des médias de l’UQAM.

Le paradoxe de la technoférence

Catalina Briceño a elle aussi étudié le phénomène de la technoférence pour son livre Parents dans un monde d’écrans (Éditions de l’Homme, 2019), qu’elle a coécrit avec la journaliste Marie-Claude Ducas. Au cours de leurs recherches, les auteures ont constaté que cette technoférence génère un certain malaise chez les parents, qui reconnaissent que ces « microruptures relationnelles » avec leur enfant se produisent tous les jours. « Quand l’enfant est plus jeune, c’est le parent qui les impose. Mais quand l’enfant vieillit, il les fait lui aussi subir à son parent, qui souffre de voir que son ado n’est pas disponible à la relation parce qu’il est accaparé par ses appareils », explique-t-elle en soulignant bien que, de façon générale, tout part du parent et de son propre usage des écrans.

Il faut dire qu’en matière de comportements abusifs avec les écrans, les parents ne font pas mieux que les ados. « En incluant les activités qui ne sont pas liées au travail, ils passent autant de temps, sinon plus, que leur jeune sur leurs appareils connectés », fait remarquer l’auteure. En d’autres mots, les parents, dont le rôle est d’encadrer l’usage numérique à la maison et d’enseigner à leur ado une consommation raisonnée et raisonnable des écrans, sont eux-mêmes obsédés par leurs appareils. « C’est un des grands paradoxes de la parentalité moderne », commente-t-elle.

Malheureusement, face à ce paradoxe, plusieurs parents réagissent par une forme de « démission parentale en matière d’éducation numérique », déplore Catalina Briceño. « Certains parents préfèrent éviter les conflits, d’autres se sentent dépassés, d’autres encore se sentent coupables et n’osent pas mettre des limites qu’ils sont incapables de respecter eux-mêmes. »

5 façons d’éviter la technoférence

  1. Prenez conscience de votre propre utilisation d’Internet et des écrans: Lisez-vous régulièrement vos courriels ou vos textos en présence de votre enfant? Quand vous êtes en famille, consultez-vous souvent votre cellulaire? Les prises de conscience sont un premier pas vers le rééquilibrage de nos comportements numériques.
  2. Arrêtez de mettre vos enfants sur pause: Lorsque vous demandez à votre jeune d’attendre pendant que vous utilisez votre cellulaire, cela lui envoie le message qu’il est moins important que ce qui se passe sur celui-ci. Pour éviter ce genre de situation, éteignez votre téléphone le plus souvent possible quand vous êtes en famille.
  3. Reconnectez avec les temps morts: Évitez de sauter systématiquement sur votre cellulaire lorsque vous avez deux minutes de libres, que ce soit dans les transports en commun, dans une file à l’épicerie ou dans une salle d’attente… surtout si votre ado vous accompagne. Vous retrouverez ainsi votre JOMO!
  4. Établissez des règles pour préserver le temps en famille: Parent et enfant, convenez des moments appropriés et inappropriés pour l’utilisation de vos divers écrans lorsque vous êtes ensemble, par exemple lors des repas, des routines du matin et du soir et des sorties familiales.
  5. Prêchez par l’exemple: Évitez le « fais ce que je dis, pas ce que je fais ». Soyez plutôt un modèle positif de consommation numérique en visant une utilisation raisonnée et raisonnable (tout en vous donnant le droit à l’erreur et aux écarts de temps en temps).

Changer ses habitudes numériques peut sembler une tâche difficile. Si c’est votre cas, adoptez la méthode des petits pas en vous concentrant sur une stratégie à la fois plutôt que de vouloir tout changer du jour au lendemain. Qui sait, vous confirmerez peut-être le slogan « l’essayer, c’est l’adopter »!

D’après le livre « Parents dans un monde d’écrans » de Mme Catalina Briceño et Mme Marie-Claude Ducas, Les Éditions de l’Homme, 2019 

Prochaines lectures

Filtre

  • Toutes les thématiques
  • Actualité
  • Agir pour viser l'équilibre
  • Améliorer ses habitudes
  • Banc d'essai
  • Bienfaits des écrans
  • Blogue
  • Communiquer
  • Comprendre l'hyperconnectivité
  • Contrôler la techno
  • Donner l'exemple
  • Équilibre numérique
  • Établir des règles
  • Évaluer sa situation
  • Lexique techno
  • Méfaits et cyberdépendance
  • Nouvelles de PAUSE
  • Pauser son écran
  • Quand s'inquiéter?
  • Questions à se poser
  • Recommandations
  • Témoignage
  • Toujours plus connectés
  • Tous les types de contenus
  • Lecture

Infolettre

Abonnez-vous à notre infolettre