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Quand les écrans créent des conflits parent-ado

Par Équipe PAUSE, en collaboration avec Myriam Laventure, Ph.D. en éducation

Quand les écrans créent des conflits parent-ado

Ils sont nombreux les parents qui se chicanent avec leur ado parce qu’il joue trop longtemps avec ses jeux vidéo, qu’il a le nez collé sur son cellulaire à longueur de journée ou qu’il écourte sa nuit de sommeil pour écouter des téléséries en rafale. C’est votre cas? Sachez que ces conflits sont évitables…

Si les écrans créent des tensions ou des conflits entre vous et votre ado, la première chose à faire est de réfléchir… à vos propres habitudes numériques, conseille Myriam Laventure, psychoéducatrice spécialisée en intervention familiale. Êtes-vous du genre à toujours avoir votre cellulaire à la main? À passer toutes vos soirées devant la télé? À répondre à un texto ou à vérifier la météo pendant vos repas en famille? «Les parents oublient parfois qu’ils sont eux-mêmes des utilisateurs d’écrans et les premiers modèles de leur enfant. Plusieurs appliquent le “fais ce que je dis, pas ce que je fais”. Mais ce message est confondant pour le jeune et finit par entraîner des conflits», explique-t-elle. En d’autres mots, le parent doit se montrer cohérent entre ce qu’il dit et ce qu’il fait. Il doit aussi donner l’exemple en visant lui-même un équilibre numérique.

L’importance des règles claires et personnalisées

Le manque de clarté dans les consignes en lien avec l’utilisation des écrans est une autre source fréquente de conflits parent-ado. Pour éviter les tensions, il est conseillé de réfléchir à des règles que vous communiquerez ensuite à votre ado et dont vous discuterez ensemble.

En matière d’utilisation des écrans par les adolescents, ce ne sont pas les recommandations qui manquent. Mais elles ne sont pas nécessairement adaptées aux réalités de chaque famille ni de chaque ado, prévient Myriam Laventure. Elle suggère donc de se questionner sur ce qui est acceptable ou non pour votre jeune, autant en ce qui concerne la durée d’exposition aux écrans que les moments d’utilisation ou le contenu. «Il peut y avoir des normes communes pour tous les enfants de la maison, par exemple aucun écran dans les lits, puis des normes spécifiques pour chacun selon leur âge, quant au contenu entre autres», spécifie-t-elle. Encadrer l’utilisation des écrans de votre jeune l’aidera à développer graduellement une forme d’autocontrôle, ce qui l’outillera pour garder un équilibre dans un monde de plus en plus connecté.

Après, il importe de demeurer constant dans l’application des règles. Pour cette raison, la psychoéducatrice conseille d’éviter les règlements trop stricts ou trop nombreux, lesquels risquent d’être abandonnés en cours de route. «Une fois que la norme est claire et maintenue, l’ado s’opposera peut-être à l’occasion, car cela fait partie de son développement, mais il saura à quoi s’en tenir et les écrans ne deviendront pas un sujet de conflit continuel », poursuit la psychoéducatrice.

Vers une relation positive

Si les tensions sont déjà présentes entre vous et votre ado à cause de ses habitudes numériques, il est recommandé de repartir de la base en lui expliquant clairement les règles d’utilisation de la maison. D’ailleurs, il n’est jamais trop tard pour établir des balises et pour commencer à en parler avec lui. Pour maintenir un lien positif avec votre enfant, l’idéal est d’utiliser les conséquences (comme de confisquer son téléphone) en dernier recours seulement. «Une fois qu’elle est nommée, la conséquence doit être appliquée. Sinon, le jeune retient que le parent formule des conséquences qu’il ne concrétise pas et cela peut briser la relation de confiance entre vous», précise Myriam Laventure. Dans cet ordre d’idées, on évite les conséquences que vous ne réussirez pas à mettre en œuvre du genre «une semaine sans écran».

Si votre ado conteste les règles, il est possible d’en discuter à nouveau avec lui pour arriver à un consensus. Cela lui procurera un sentiment de pouvoir qui contribuera à son acceptation des règles et à la réduction des conflits. Lors de la discussion, gardez toutefois en tête que vous êtes l’adulte et que c’est à vous que revient le dernier mot.

Finalement, il a été démontré que le risque de conflits parent-enfant diminue grandement lorsque la relation est bonne à la base. «Il faut s’assurer de passer des moments de qualité avec votre ado autres qu’en présence d’écrans. Une relation positive l’incitera davantage à respecter vos consignes», conclut Myriam Laventure.

Irritable votre ado? Et si c’était dû à un manque de sommeil?

« Le manque de sommeil peut notamment causer chez le jeune de l’irritabilité et une mauvaise gestion des émotions, entraînant une recrudescence des conflits à la maison et à l’école. Et parmi les principaux responsables du manque de sommeil chez les ados, que trouve-t-on? Les écrans, évidemment! »

Une bonne hygiène de sommeil est essentielle à tout âge, mais encore plus à l’adolescence, une période sous le signe des bouleversements hormonaux et où le cerveau est en plein développement. Or, selon les dernières statistiques, près de la moitié des ados au pays ne dorment pas les 8 à 10 heures par nuit qui sont recommandées.

Si votre enfant a l’habitude de repousser l’heure du coucher à cause des jeux vidéo, parce qu’il n’est pas capable de lâcher ses réseaux sociaux ou parce qu’il écoute des téléséries en rafale par exemple, vous auriez sûrement intérêt à discuter avec lui des conséquences négatives de son utilisation des écrans sur son sommeil et des moyens à mettre en place pour les limiter.

Pour plus d’informations et de conseils au sujet des écrans et du sommeil des adolescents, lisez «Les écrans, pas trop bon pour le sommeil».

 

Myriam Laventure, Ph.D. en éducation est professeure titulaire du département de psychoéducation à l’Université de Sherbrooke.

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