Méfaits et cyberdépendance

Anxiété et réseaux sociaux chez les ados: comment intervenir?

Par équipe Pause en collaboration avec Catherine Robert, intervenante en prévention de l’anxiété à Perspectives Jeunesse

Réseaux sociaux et anxiété

Environ 20 % des jeunes de 15 à 30 ans disent s’être sentis anxieux ou déprimés à cause de leur utilisation des médias sociaux, selon une étude menée par Statistique Canada en 2018. Si c’est le cas de votre ado, aidez-le à comprendre l’influence des réseaux sociaux sur son bien-être et sur son niveau d’anxiété afin qu’il développe un usage qui lui fait du bien.

Les réseaux sociaux servent de point de ralliement pour les ados. C’est leur moyen de socialiser en ligne. C’est là où ils échangent avec leurs amis et leur famille, interagissent avec leur réseau élargi, s’expriment et font preuve de créativité, s’informent et se divertissent. Or, les chercheurs s’intéressent depuis plusieurs années aux effets négatifs d’une utilisation intensive des médias sociaux par les jeunes.

Catherine Robert, intervenante en prévention de l’anxiété de Perspectives Jeunesse dans une école secondaire de Montréal, est bien placée pour les observer. «Les réseaux sociaux affectent le bien-être de plusieurs jeunes. Je constate chez certains une grande diminution de l’estime de soi liée à leur utilisation ainsi qu’une augmentation de l’anxiété et des symptômes dépressifs», rapporte-t-elle.

Pourquoi les réseaux sociaux créent-ils de l’anxiété?

Les réseaux sociaux misent beaucoup sur le FOMO (pour fear of missing out, aussi appelé anxiété de ratage) afin de capter et de retenir notre attention. Pour ce faire, ils nous montrent les événements qui intéressent nos amis ou ce que l’on a «manqué» depuis notre dernière visite, entre autres. Les ados sont plus enclins à céder à cette peur puisqu’ils traversent une période où il est important de s’identifier à leurs pairs et de faire partie d’un groupe.

Cela dit, certains réseaux sociaux et contenus sont plus susceptibles de générer de l’anxiété, selon Catherine Robert. Ceux qui sont basés sur la rétroaction peuvent nuire à l’estime de soi, surtout quand les jeunes en viennent à s’évaluer, à s’estimer selon le nombre de mentions J’aime ou de commentaires que leurs publications reçoivent. Puis ceux basés sur l’image et sur une illusion de perfection (comme Instagram) ou qui proposent des filtres qui camouflent les défauts (comme Snapchat) peuvent être très anxiogènes pour les ados qui ont un problème d’image corporelle. Par ailleurs, des défis parfois malsains ou dangereux popularisés par certaines plateformes (comme TikTok) peuvent causer de l’anxiété chez les ados s’ils se sentent obligés d’y participer pour faire comme les autres, par exemple.

Méfaits des médias sociaux: les ados plus à risque

On ne sait pas pourquoi les médias sociaux affectent négativement certaines personnes plus que d’autres puisque plusieurs facteurs entrent en jeu, notamment l’âge (les jeunes y sont plus propices), le sexe (les filles sont plus touchées), l’intensité de l’utilisation (soit la fréquence, la durée, le nombre de comptes utilisés, le type de contenus consultés) ainsi que certaines vulnérabilités personnelles (personnalité anxieuse, dépressive ou à risque de développer un problème d’utilisation).

Si les ados sont plus à risque de subir les effets négatifs des médias sociaux, c’est entre autres à cause de leur manque d’autorégulation (c’est-à-dire savoir quand s’arrêter), mais aussi parce qu’ils sont en pleine construction de leur identité. En effet, les réseaux sociaux multiplient presque à l’infini les possibilités d’interactions sociales, de sources de comparaison et de rétroaction sociale. Un usage intensif peut donc amener les jeunes à développer une perception idéalisée de la vie d’autrui, à se comparer négativement aux autres, à vivre du mécontentement ou à entretenir un sentiment de privation sociale ou une faible estime de soi… ce qui représente autant de sources d’anxiété.

5 points sur les réseaux sociaux à aborder avec votre ado

Si vous croyez que les réseaux sociaux sont une source d’anxiété pour votre ado, commencez par en discuter avec lui de façon ouverte et sans jugement. «Souvent, les jeunes manquent d’information sur les effets néfastes d’une surutilisation des réseaux sociaux et sur les façons de les utiliser sainement», souligne Catherine Robert. Voici quelques questions à lui poser.

  1. Quels réseaux sociaux utilises-tu et quelle utilisation en fais-tu (créer du contenu, t’inspirer, rester en contact avec tes proches, t’informer, etc.)?
  2. As-tu déjà évalué le temps que tu consacres aux réseaux sociaux ou regardé ton récapitulatif d’utilisation (si c’est sur un appareil mobile)? Aimerais-tu diminuer ton temps d’utilisation? Te sens-tu capable de le faire? Qu’est-ce qui pourrait t’aider à y arriver?
  3. As-tu l’impression que ton utilisation des réseaux sociaux influe sur ton niveau d’anxiété? De stress? De bien-être en général? Est-ce que tu y vois parfois des choses dérangeantes? Si oui, as-tu déjà essayé de modifier l’algorithme en te désabonnant ou en masquant les comptes et les publications qui ne te rejoignent plus ou qui te font vivre des sentiments désagréables puis, en revanche, de t’abonner et de liker ce qui t’inspire, ce qui te procure des sentiments positifs?
  4. As-tu l’impression de passer à côté de quelque chose quand tu n’es pas sur les réseaux sociaux? Quand tu dois ranger ton cellulaire en classe, par exemple, est-ce que ça te préoccupe? Que penses-tu de l’idée de prendre des pauses pour faire des activités sans écran de temps en temps?
  5. Si tu vis de l’anxiété, que fais-tu pour essayer de retrouver ton calme? Crois-tu que les écrans t’aident ou te nuisent? As-tu déjà essayé d’autres stratégies de gestion du stress et de l’anxiété, telles que le sport, la méditation ou les exercices de respiration?

Sachez qu’interdire les réseaux sociaux à votre ado n’est pas une solution. «Malgré leurs effets néfastes, les réseaux sociaux ont plusieurs impacts positifs sur la vie sociale des jeunes», rappelle Catherine Robert, en ajoutant que cela risque de créer un conflit entre vous, alors que l’important est de maintenir une discussion ouverte sur le sujet.

Demander de l’aide

Si l’anxiété de votre jeune nuit à son sommeil, à son alimentation, à ses relations sociales et familiales ou à son parcours scolaire, s’il fait des crises de panique, qu’il pleure beaucoup ou qu’il s’isole, n’hésitez pas à aller chercher de l’aide. L’intervenante en prévention de l’anxiété conseille de communiquer avec l’équipe-école. En ayant le portrait complet de votre jeune (à l’école et à la maison), elle pourra vous diriger vers les ressources adéquates. Pour plus d’information sur les troubles anxieux ou pour obtenir du soutien, contactez Relief, Phobies-Zéro ou la LigneParents. Votre ado peut également joindre Tel-Jeunes.

Finalement, si vous soupçonnez votre jeune de faire de l’anxiété généralisée, il est recommandé de consulter votre médecin de famille ou un psychologue.

Par l’équipe Pause en collaboration avec Catherine Robert, intervenante en prévention de l’anxiété à Perspectives Jeunesse, un organisme de lutte au décrochage scolaire.

Sources: ScienceDirect, Statistique Canada, The Inquisitive Mind, Université de Montréal