Quand s'inquiéter?

Les jeux vidéo sont-ils dangereux?

Par , B. Serv. Soc.

Les jeux vidéo sont-ils dangereux?

Fortnite ou Roblox, ça vous dit quelque chose? Les témoignages de parents dépassés devant l’obsession de leur jeune pour ces jeux se multiplient. Des spécialistes appellent à un encadrement de cette activité. Mais qu’en est-il exactement? Miguel Therriault et Marie-Josée Michaud, du centre Le Grand Chemin, nous donnent l’heure juste.

Des jeux immersifs et attirants

Aujourd’hui, les jeunes évoluent dans un univers où les jeux sont accessibles partout, sur console, ordinateur et, surtout, sur appareils mobiles. La connexion en ligne est devenue la norme. Les jeux en ligne massivement multijoueurs permettent à des milliers de personnes de jouer en même temps de façon compétitive ou collaborative. Les joueurs et joueuses, représentées par des avatars (personnages virtuels), communiquent entre eux et elles et performent dans un monde qui continue d’évoluer, même en leur absence.

On trouve aussi les jeux de type Battle Royale, les compétitions de sport électronique (eSports) et les jeux sociaux sur appareils mobiles, qui connaissent un succès mondial.

Outre le plaisir qu’ils procurent, ces jeux sont habilement conçus pour attirer et retenir les joueurs et joueuses:

  • Le sentiment d’appartenance à son équipe pousse la personne joueuse à demeurer en ligne.
  • La reconnaissance sociale liée à l’apparence et à la performance de son avatar incite la personne joueuse à s’améliorer.
  • L’effet immersif des jeux pousse les personnes qui y jouent à perdre la notion du temps et à ne plus ressentir certains besoins, comme celui de dormir.
  • L’activation de la zone du plaisir dans le cerveau pousse la personne joueuse à répéter le comportement.

À cela s’ajoutent les systèmes de récompenses ou lots aléatoires (loot boxes), les achats intégrés et l’influence des streamers (personnes qui diffusent du contenu vidéo en direct sur Internet) qui prolongent l’engagement et peuvent créer une pression sociale. Toutes ces caractéristiques proposent une expérience beaucoup plus riche, mais susceptible de favoriser un usage problématique des jeux vidéo.

Risque de cyberdépendance?

Certaines vulnérabilités personnelles ainsi que le vécu du ou de la jeune peuvent l’amener à s’investir de façon importante dans le jeu en ligne au détriment de ses activités hors ligne. Les problèmes de santé mentale, les difficultés scolaires, les conflits familiaux, l’intimidation et la faible estime de soi sont des exemples de situations qui peuvent faire en sorte qu’un ou une jeune trouve sa vie en ligne plus rassurante et satisfaisante que sa vie hors ligne.

Depuis 2018, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît le trouble du jeu vidéo comme un problème de santé pouvant nécessiter une intervention. Un surinvestissement du ou de la jeune dans l’univers du jeu peut déclencher une perte de contrôle, une priorisation accrue par rapport à d’autres intérêts et une poursuite du temps investi, malgré les conséquences négatives pouvant nuire à son fonctionnement (conflits, troubles du sommeil, échecs scolaires, perte d’emploi, etc.), auxquelles peuvent s’ajouter d’importantes souffrances. C’est lorsque ces symptômes se manifestent de façon claire et sur une longue période que l’on peut soupçonner une cyberdépendance.

On estime que c’est autour de 3 % des adolescents et adolescentes qui présenteraient une cyberdépendance, et cela rappelle quand même que la grande majorité des jeunes jouent sans problème et en retirent des avantages. Toutefois, nous devons faire preuve de vigilance devant l’offre toujours grandissante des jeux vidéo, entre autres via les plateformes de diffusion en continu (streaming), permettant de jouer en ligne partout et en tout temps, à partir de différents appareils, dont le cellulaire. À cela s’ajoutent les réseaux sociaux intégrés (Discord, TikTok), qui renforcent la dimension sociale du jeu.

8 conseils pour encadrer les jeux vidéo

Voici quelques conseils pour vous aider à favoriser une utilisation équilibrée des jeux vidéo dans votre famille:

  1. Intéressez-vous aux jeux préférés de votre enfant afin de comprendre pourquoi il ou elle les apprécie.
  2. Assurez-vous que les jeux sont adaptés à son âge: certains jeux sont classés pour tous, alors que d’autres sont classés mature (17 ans et plus). Mais rappelez-vous que la classification ne fait pas foi de tout.
  3. Négociez avec votre jeune un temps limite de jeu, qu’il ou elle peut gérer progressivement en ayant une banque de temps hebdomadaire. Cela est utile pour développer son autocontrôle!
  4. Utilisez une minuterie visible ou une application pour aider votre enfant à contrôler le temps d’utilisation.
  5. Assurez-vous que votre jeune s’engage dans des activités hors ligne (sport, impro, jeux de société, etc.) qui permettent le développement d’habiletés sociales.
  6. Proposez des moments sans écran en famille!
  7. Sensibilisez votre enfant aux achats intégrés et pensez à regarder les outils de contrôle parental disponibles sur les consoles et plateformes.
  8. Réfléchissez à votre utilisation et à la présence des appareils dans l’environnement physique: le cerveau est attiré par ces outils, synonymes de « rush » de dopamine. Limiter leur accessibilité peut aider à réduire la tentation.

Votre ado vous inquiète?

Si la consommation de jeux vidéo de votre enfant vous préoccupe, il est important de lui en parler. Mais évitez l’approche moralisatrice ou l’affrontement.

Choisissez le bon moment pour le faire et évitez de le faire au moment même où survient un conflit en lien avec les jeux vidéo.

Essayez plutôt de vous intéresser à ses jeux et demandez-lui ce qui l’amène à passer du temps en ligne. Ensuite, exprimez vos inquiétudes en lui faisant part de vos observations: temps passé sur le jeu, conséquences négatives comme le retrait de la famille, le manque de sommeil, une baisse d’activité physique, etc. Enfin, déterminez ensemble des gestes concrets pour en venir à une utilisation plus équilibrée des jeux vidéo.

Et refaites régulièrement le point! S’il y a lieu, proposez-lui d’aller chercher de l’aide et n’hésitez pas à trouver des ressources pour vous soutenir en tant que parent.

Marie-Josée Michaud, Consultante, formatrice et conférencière spécialisée en dépendance
Miguel Therriault, Directeur clinique et des services professionnels

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