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5 questions sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans

5 questions sur l'interdiction des réseaux sociaux au moins de 16 ans

Récemment, l’Australie est devenue le premier pays au monde à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Et plusieurs autres pays, le Canada y compris, prévoient faire de même ou y réfléchissent. On fait le point avec Carolanne Campeau, doctorante en recherche en sciences de la santé à l’Université de Sherbrooke et conseillère en prévention des risques liés à l’usage des écrans pour PAUSE.

Carolanne Campeau, M.I.D.

Carolanne Campeau, M.I.D.

Doctorante et conseillère en prévention des risques liés à l’usage des écrans

  • 1. Pourquoi plusieurs pays pensent-ils à interdire l’utilisation des réseaux sociaux aux moins de 14, 15 ou 16 ans?

    À cause des risques qu’ils représentent. Il faut savoir que le modèle d’affaires des réseaux sociaux – mais aussi des sites de diffusion en continu (streaming), entre autres – est basé sur la captation et le maintien de l’attention des personnes qui les utilisent. Pour y arriver, ils vont employer des stratégies qui ressemblent beaucoup à celles des jeux de hasard et d’argent. On peut penser aux récompenses aléatoires, à la possibilité de défiler (scrolling) à l’infini sur les fils d’actualité, aux notifications fréquentes et aux algorithmes personnalisés. Ces stratégies activent le circuit de la récompense dans le cerveau et génèrent des poussées de dopamine (une hormone liée au plaisir), ce qui renforce la motivation à rester sur la plateforme et facilite la perte de contrôle chez les usagers et usagères.

    Il y a même eu une bataille judiciaire aux États-Unis visant à déterminer si, à la base, les plateformes ont été conçues de manière à créer une dépendance, et un jury a reconnu que c’était le cas. D’ailleurs, d’autres batailles de ce type sont toujours en cours.

    C’est sans compter les autres risques associés aux réseaux sociaux, comme l’exposition à des contenus qui ne sont pas encadrés – ce qui fait en sorte qu’on peut y voir tout et son contraire – ainsi que leurs effets négatifs sur la santé mentale et le bien-être des personnes qui les utilisent.

    Une chose est bien importante à mentionner: ces risques peuvent toucher tout le monde. Si l’interdiction vise les jeunes, c’est parce que ce groupe est plus vulnérable en raison de son stade de développement neurologique. Les objectifs derrière cet encadrement sont d’envoyer un message clair à la population à propos des risques des réseaux sociaux, de retarder le plus possible l’exposition des jeunes et d’exiger une plus grande responsabilité des entreprises qui les gèrent.

  • 2. Est-ce que ce type d’interdiction pourrait éventuellement être imposé au Canada?

    Oui. Le gouvernement fédéral se penche actuellement sur la question. Au Québec, une commission spéciale sur les impacts des écrans et des réseaux sociaux sur la santé et le développement des jeunes a émis une recommandation pour que le gouvernement mette en place une majorité numérique. Cela interdirait l’inscription et l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 14 ans sans le consentement du parent.

    Actuellement, au Québec, à cause de la loi sur la protection des renseignements personnels, l’âge légal pour ouvrir un compte sans le consentement d’un parent sur la plupart des plateformes, comme Snapchat, Instagram ou TikTok, est de 14 ans. Cependant, il est facile de s’y inscrire avant d’avoir atteint l’âge requis. Et c’est pourquoi on y retrouve des jeunes de 9, 10 ou 11 ans. Le gouvernement doit donc trouver une façon de retarder l’exposition des enfants aux réseaux sociaux ainsi que l’exploitation de leurs données.

  • 3. Comment les réseaux sociaux vérifient-ils l’âge de ses utilisateurs et utilisatrices actuellement?

    En ce moment, la validation de l’âge repose sur la déclaration des usagers et usagères. On leur demande seulement une date de naissance. Rien n’empêche les jeunes n’ayant pas l’âge requis de mentir pour se créer un compte.

    Plusieurs mécanismes de vérification de l’âge sont actuellement à l’étude dans le monde, comme la reconnaissance faciale, l’utilisation de pièces d’identité officielles ou des preuves d’âge fournies par des organisations indépendantes. Ils font toutefois l’objet de débats, notamment en raison des enjeux liés à la protection de la vie privée. Déterminer la meilleure façon de mettre en œuvre une telle mesure demandera donc une réflexion approfondie.

  • 4. L’interdiction ne fait-elle pas que contourner les problèmes associés aux réseaux sociaux sans réellement les régler?

    Établir un âge minimal pour accéder aux réseaux sociaux vise à protéger les jeunes durant une période critique de leur développement, où les risques liés aux réseaux sociaux sont plus importants. Comme pour la consommation d’alcool ou le permis de conduire, fixer un âge minimal d’accès offre un cadre et permet d’expliquer pourquoi certaines limites existent.

    Cela dit, il faudrait aller encore plus loin en réglementant la façon dont les réseaux sociaux sont conçus, en particulier les stratégies qui encouragent les gens à y passer trop de temps sans s’en rendre compte, ce qui les rendrait plus sécuritaires pour l’ensemble de la population.

    L’interdiction doit aussi aller de pair avec l’éducation. Cela suppose un effort collectif pour mieux outiller les jeunes face au numérique, notamment en développant leur esprit critique et leurs compétences numériques. Les parents ont aussi un rôle à jouer à la maison en engageant la conversation avec leur jeune et en l’accompagnant dans ses usages.

  • 5. Comment les parents peuvent-ils aider leur ado à se protéger des risques liés à l’utilisation des réseaux sociaux?

    Les parents doivent s’informer au sujet des réseaux sociaux pour mieux les comprendre et, par la suite, mieux accompagner leur jeune dans leur utilisation.

    Ils peuvent commencer par établir un cadre pour l’utilisation des écrans à la maison, puis préciser progressivement les règles concernant les réseaux sociaux. Lorsque leur jeune atteint l’âge requis pour les utiliser, les parents peuvent le ou la soutenir dans le développement de son autonomie. Cela peut passer, au début, par une supervision plus étroite, par exemple à l’aide d’une application de contrôle parental (ex.: Kidslox, FamiSafe, Qustodio) ou des outils de supervision intégrés à certaines plateformes. Il peut aussi être utile d’établir ensemble des règles concernant le temps d’écran ainsi que les plateformes autorisées ou interdites et, surtout, de donner l’exemple en adoptant soi-même un usage conscient et équilibré des réseaux sociaux.

    Par la suite, les parents peuvent aussi s’abonner aux comptes préférés de leur jeune pour mieux comprendre son univers. L’objectif n’est pas d’espionner, mais de construire ensemble des repères d’utilisation. Comme pour n’importe quel apprentissage, le parent accompagne, observe et ajuste, puis se retire progressivement au fur et à mesure du développement de l’autonomie et du jugement de son enfant.

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