Méfaits et cyberdépendance
Méfaits et cyberdépendance
20 janvier 2026
Les études ont montré que l’utilisation inappropriée des réseaux sociaux, comme Instagram ou TikTok, peut parfois être liée au développement de troubles alimentaires chez les jeunes. PAUSE en a discuté avec Karine Pendleton, intervenante séniore au volet éducation et prévention chez Anorexie et boulimie Québec (ANEB).
Tout d’abord, qu’entend-on par «troubles alimentaires»?
Les troubles alimentaires sont des troubles de santé mentale. Les personnes qui en souffrent ont une alimentation perturbée, une grande préoccupation en lien avec leur image corporelle et une peur excessive de prendre du poids. Tout cela leur cause une grande détresse.
Cela dit, certaines personnes ont une relation qui n’est pas 100 % saine avec la nourriture sans que ce soit nécessairement un trouble alimentaire, par exemple quelqu’un qui saute des repas de temps en temps pour essayer de contrôler son poids, qui fait du sport dans l’unique but de brûler des calories ou qui se sent coupable de manger certains aliments.
Dans tous les cas, c’est important d’aller chercher de l’aide pour trouver un équilibre par rapport à son alimentation.
Est-ce que les réseaux sociaux peuvent contribuer au développement ou au maintien d’un trouble alimentaire chez les jeunes?
Tout à fait. D’abord, l’apparence physique est très importante sur les réseaux sociaux, comme Instagram ou TikTok. À force de voir des physiques correspondant aux standards de beauté, il est difficile de ne pas se comparer et de ne pas entretenir d’attentes irréalistes envers son corps. Cela accroît les risques de troubles alimentaires.
Puis il y a des contenus sur les réseaux sociaux qui glorifient les troubles alimentaires ou, à tout le moins, normalisent des comportements à risque. On peut penser aux influenceurs et influenceuses qui donnent des conseils pour contrôler notre alimentation ou pour transformer notre physique. Il y a des tendances comme What I Eat In A Day (que l’on peut traduire par «Ce que je mange dans une journée»). Il existe aussi des mots-clics, comme #skinnytok (aujourd’hui banni de TikTok) et ses variantes #skinntok et #skiinytok (pour déjouer le bannissement), qui répertorient des contenus en lien avec la minceur.
Et n’oublions pas que les réseaux sociaux utilisent des algorithmes pour nous proposer des contenus qui correspondent à ce que l’on a l’habitude d’aimer, de commenter ou de partager. La ou le jeune qui regarde des publications en lien avec l’image corporelle ou l’alimentation sera donc de plus en plus exposé à des contenus similaires. Le danger est de se retrouver dans une chambre d’écho, qui peut mener à une banalisation des comportements liés aux troubles alimentaires.
Est-ce qu’il y a des études récentes portant sur le lien entre les réseaux sociaux et les troubles alimentaires?
Oui. Une étude récente publiée dans Eating and Weight Disorders a examiné 10 000 enfants américains de 9 à 14 ans. Elle montre que plus les enfants utilisent les écrans, plus le risque de développer des comportements alimentaires problématiques est élevé. Une autre étude américaine, parue dans l’International Journal of Eating Disorders, a suivi un groupe de jeunes de 12 et 13 ans. Elle constate que 52 % des filles et 45 % des garçons ont des comportements alimentaires perturbés (sauter des repas, faire de l’exercice excessif). Elle fait également remarquer que plus les jeunes passent de temps sur les réseaux sociaux, plus ces comportements sont fréquents.
Est-ce qu’il y a des jeunes plus à risque de développer des troubles alimentaires?
Oui, les personnes anxieuses, perfectionnistes, contrôlantes ou qui ont des exigences très élevées envers elles-mêmes, par exemple, ou encore celles qui ont un rapport difficile avec leurs émotions et qui utilisent la nourriture comme récompense ou punition, celles qui ont des problèmes d’estime de soi ou qui ont l’impression que leur valeur ou leur bonheur est lié à leur apparence, puis les athlètes, surtout ceux et celles qui doivent modifier leur alimentation pour améliorer leurs performances.
Cependant, il faut garder en tête que tout le monde peut être à risque d’avoir un trouble alimentaire.
Est-ce que les jeunes hommes peuvent aussi développer des troubles alimentaires?
Absolument, mais les manifestations sont souvent différentes que chez les filles. La «bigorexie», soit l’obsession de la masse musculaire et le sentiment de ne jamais être assez bâti ou musclé, est majoritairement vécue par des hommes. Les garçons peuvent également être touchés par l’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie (ingestion excessive de nourriture), mais dans une proportion moindre que les filles.
Quels sont les signes à surveiller?
La ou le jeune qui devient soudainement plus renfermé ou qui s’isole, ou encore qui passe plus de temps sur son téléphone, qui délaisse ses études ou qui a moins d’intérêt envers ses activités préférées. Les changements alimentaires drastiques sont un autre indice, par exemple quelqu’un qui trouve des excuses pour ne pas manger durant les repas ou qui arrête de consommer certains aliments du jour au lendemain.
Est-ce que les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle positif dans le rétablissement d’un trouble alimentaire?
Oui, bien sûr. On trouve sur les réseaux sociaux des contenus éducatifs, par exemple des psychologues et des nutritionnistes qui donnent de l’information sur l’alimentation équilibrée et le plaisir de manger, en plus de faire de la sensibilisation aux troubles alimentaires. Puis certains mots-clics, comme #recoveryispossible, #edrecovery ou #troublesalimentaires, mènent vers des contenus positifs. Il existe aussi des communautés en ligne et des groupes de soutien où il règne un esprit de solidarité, d’entraide et de non-jugement. Bref, avec les réseaux sociaux, tout est dans la manière de les utiliser.
Quels conseils peut-on donner aux parents qui souhaitent sensibiliser leur jeune et prévenir le développement d’un trouble alimentaire?
La communication parent-enfant est vraiment importante. Veillez à instaurer un climat de confiance et de non-jugement. Votre jeune doit être à l’aise de vous parler des choses vues sur les réseaux sociaux et de sa relation avec son alimentation ou son corps. Amenez votre jeune à être plus critique envers les contenus visionnés sur les réseaux sociaux en lui rappelant entre autres que les images sont facilement modifiables. Puis proposez-lui de suivre des comptes qui font la promotion de la diversité corporelle ou qui dénoncent la grossophobie et la culture des diètes. Demandez-lui également de se fixer un temps maximal par jour sur les réseaux sociaux.
Les parents doivent aussi veiller à être des modèles positifs. Évitez les remarques négatives par rapport à votre corps ou à votre alimentation devant votre enfant.
Finalement, n’hésitez pas à aller chercher de l’aide au besoin. Il existe plusieurs ressources, comme ANEB, qui vous donneront des outils pour mieux soutenir votre jeune.