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Les écrans, la déconnexion et les jeunes

Les écrans, la déconnexion et les jeunes

Les jeunes d’aujourd’hui constituent la première génération à grandir dans un monde marqué par l’omniprésence des écrans. Malgré la recommandation de limiter le temps d’écran à deux heures par jour pour les loisirs, 72 % des adolescentes et adolescents québécois dépassent ce seuil en semaine et 94 %, la fin de semaine.

Pourquoi se préoccuper du temps d’écran des ados?

L’adolescence est une période où le cerveau est en plein développement, ce qui rend les jeunes particulièrement vulnérables aux effets d’une surutilisation des écrans. Ces effets touchent trois grandes sphères:

Sur le plan physique, on observe un surpoids, des problèmes de sommeil, des douleurs musculosquelettiques, des troubles de la vision et une sédentarité accrue.

Sur le plan psychologique, on peut observer une baisse de l’estime de soi, une augmentation des symptômes anxieux et dépressifs, une altération des fonctions cognitives et exécutives ainsi que le développement d’une utilisation problématique d’Internet (cyberdépendance). D’ailleurs, on estime que la dépendance touche aujourd’hui de 3 à 5 % de la population. Ce trouble de la santé mentale se caractérise par une perte totale de contrôle et une obsession qui envahit le quotidien, provoquant des conflits familiaux et des sautes d’humeur allant de l’irritabilité à la dépression.

Sur le plan social, un temps d’écran élevé peut être associé à l’isolement, à la diminution des compétences sociales et au décrochage scolaire.

Ces impacts ne surviennent pas de façon uniforme: ils dépendent des caractéristiques du ou de la jeune, du type de contenu consommé et d’appareil utilisé ainsi que du contexte (famille, école, pairs, normes sociales, etc.).

Les défis de déconnexion: des effets prometteurs

Depuis quelques années, les défis de déconnexion numérique sont mobilisés pour promouvoir une utilisation plus consciente et équilibrée des écrans auprès de la population. Il s’agit d’interruptions volontaires et limitées dans le temps de l’usage de certaines applications ou de l’ensemble des écrans.

Bien que les défis de déconnexion soient encore peu étudiés scientifiquement, les résultats disponibles suggèrent plusieurs effets positifs selon les groupes d’âge.

Chez les adolescentes et les adolescents

Deux études montrent une amélioration des interactions sociales et de l’apprentissage socioémotionnel ainsi qu’une diminution de l’anxiété. Ces bénéfices semblent favorisés par trois facteurs: la présence de pairs durant le défi, une connaissance préalable des stratégies de gestion des écrans et la planification d’activités hors ligne.

Chez les jeunes adultes et la population étudiante universitaire

Les effets documentés sont plus nombreux: diminution de l’anxiété et des symptômes dépressifs, réduction des signes d’une utilisation problématique d’Internet (UPI), renforcement du sentiment d’auto-efficacité, réduction du temps d’écran à court terme, développement de nouvelles connaissances sur ses propres habitudes numériques et stratégies de gestion.

Si la majorité des effets rapportés sont positifs, certaines personnes participantes mentionnent également de l’ennui ou de la solitude. Ces réactions, bien qu’attendues et inhérentes à l’expérience de déconnexion, sont documentées à court terme. Les effets à moyen et à long terme ne sont pas encore documentés dans la littérature actuelle. Il faut donc réaliser des études pour mieux saisir les effets complets, adapter les approches selon les profils des jeunes et comprendre ce qui favorise le maintien de nouvelles habitudes après le défi.

Documenter pour mieux agir

C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet doctoral de Carolanne Campeau à l’Université de Sherbrooke, sous la direction des professeures Myriam Laventure et Magali Dufour. Financée par les Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC), cette recherche vise à identifier les effets à court et à moyen terme du Défi PAUSE MDJ, une expérience de 24 heures sans écran pour les loisirs proposée aux jeunes fréquentant les Maisons des jeunes (MDJ) du Québec, dans le cadre de l’initiative PAUSE réalisée par Capsana.

Les Maisons des jeunes constituent des milieux d’intervention exceptionnellement pertinents, puisque ce sont des espaces volontaires, sécurisants et sans jugement qui accueillent des ados aux profils variés, dont certaines et certains en situation de vulnérabilité.

L’étude longitudinale suivra environ 200 participantes et participants âgés de 11 à 17 ans recrutés via des MDJ partenaires. À trois moments de mesure, le temps d’écran, les pauses numériques, les habitudes de loisirs hors ligne, le bien-être psychologique, la satisfaction de vie, les symptômes anxieux et dépressifs ainsi que la gravité des problèmes seront mesurés.

Des retombées concrètes pour vos pratiques

Ce projet est le premier au Québec à évaluer scientifiquement les effets d’une déconnexion volontaire de 24 heures auprès d’adolescents et d’adolescentes en contexte communautaire. Les résultats permettront de mieux comprendre ce que les jeunes retirent d’une telle expérience, d’identifier les profils qui en bénéficient le plus ainsi que de documenter les obstacles et les leviers. Pour les équipes en milieu communautaire et postsecondaire, ces données offriront des repères pratiques afin de planifier et d’ajuster l’expérimentation d’une déconnexion.

Le recrutement s’échelonnera jusqu’à la fin de 2026. Si vous êtes une MDJ et que vous souhaitez mettre en œuvre ou reconduire le Défi PAUSE MDJ, n’oubliez pas de communiquer avec Carolanne Campeau.

Pour plus d’informations: carolanne.campeau@usherbrooke.ca

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