Pour le personnel professionnel
Pour le personnel professionnel
3 septembre 2026
Il y a un an, un décret ministériel interdisait l’utilisation des cellulaires, des écouteurs et des autres appareils mobiles personnels dans les écoles primaires et secondaires de la province. On fait le point sur ses répercussions dans les écoles du Québec et sur les effets des interdictions similaires mises en place ailleurs dans le monde en compagnie de Carolanne Campeau, doctorante en recherche en sciences de la santé à l’Université de Sherbrooke et conseillère en prévention des risques liés à l’usage des écrans pour PAUSE.
M.I.T., – conseillère en prévention des risques liés à l’usage des écrans
Comment l’usage des cellulaires dans les écoles est-il encadré ici et ailleurs?
Dans le monde, les approches varient considérablement: certaines écoles n’ont aucune politique, d’autres ne font que proposer des recommandations, d’autres intègrent l’appareil à des fins pédagogiques et d’autres encore appliquent des restrictions ciblées selon le moment, le lieu, la visibilité de l’appareil ou l’âge des élèves.
Au Québec, on applique ce qu’on appelle le bell-to-bell, c’est-à-dire une interdiction à l’échelle de l’école entière, du début à la fin des cours. Fait à noter: cette mesure découle d’un décret ministériel, une approche qu’on ne trouve nulle part ailleurs au Canada actuellement.
Aux États-Unis et dans le reste du Canada, il existe un mouvement appelé Phone-Free Schools Movement, porté par des spécialistes en éducation et des parents. Ce mouvement milite pour que les écoles adoptent à leur tour l’interdiction bell-to-bell afin de favoriser les apprentissages des élèves. Il s’inspire de ce qui s’est fait ici, au Québec, et des constats de notre commission spéciale sur les écrans.
Quelles sont les retombées de l’interdiction du cellulaire dans les endroits qui l’appliquent?
Sur le plan académique, les données disponibles provenant du Royaume-Uni, de la Norvège, de l’Australie, de l’Espagne et des États-Unis brossent un portrait positif. Les études qui ont comparé les résultats des élèves avant et après l’implantation de l’interdiction, ou qui ont comparé des écoles avec et sans interdiction dans l’ensemble des classes, ont documenté une amélioration des notes grâce à cette mesure. Deux études mentionnent que cet effet est particulièrement marqué chez les élèves en difficulté, peut-être parce que c’est un groupe qui se laisse plus facilement distraire par la présence du cellulaire en classe.
Sur le plan comportemental, des études menées dans plusieurs pays indiquent que l’interdiction des cellulaires à l’école est associée de manière générale à une diminution de la cyberintimidation. À la suite de l’interdiction, l’Australie a également observé une baisse de 57 % des incidents liés aux réseaux sociaux et une baisse de 38 % des problèmes de comportement, tandis que la Norvège a observé une baisse de 60 % des consultations en santé mentale à l’école, particulièrement chez les filles. De plus, une hausse des activités physiques et sociales a été relevée en Australie.
Quant aux effets négatifs (ex.: confiscations d’appareil, suspensions d’élève), les études rapportent qu’ils sont plus présents la première année de l’application de l’interdiction, surtout chez les garçons, puis qu’ils s’estompent dès la deuxième année. On parle donc davantage d’une période d’adaptation temporaire que d’un effet durable.
Au Québec, quels sont les résultats observés depuis l’interdiction des cellulaires dans les écoles?
Les seules données québécoises disponibles proviennent d’une enquête menée à l’École secondaire d’Oka, qui a implanté l’interdiction du cellulaire bell-to-bell un an avant le décret ministériel. Quelques mois plus tard, 94 % du personnel scolaire a rapporté un effet positif sur la participation des élèves aux activités parascolaires et de loisirs, 85 % sur la concentration en classe et 78 % sur l’ambiance générale à l’école. Le personnel a aussi perçu une amélioration des relations entre les élèves (92 %) ainsi que des relations entre le personnel et les élèves (69 %).
Le personnel scolaire a toutefois nommé des effets moins positifs, comme de la résistance à l’interdiction, des contournements du règlement, une augmentation des comportements inadéquats ainsi que la perte du cellulaire comme outil pédagogique.
J’ajouterais que les intervenants et intervenantes dans les milieux postsecondaires (cégeps, centres de formation professionnelle) devront certainement faire face à de nouveaux défis dès cette année, car il y aura une rupture importante entre l’interdiction complète de l’utilisation des appareils électroniques au secondaire et l’accès sans restriction à ces derniers dans leur milieu d’études, sans période de transition. Des projets pilotes sont d’ailleurs en cours dans certains cégeps pour outiller le personnel enseignant à mieux accompagner les élèves dans cette transition.
Y a-t-il des effets inattendus associés à l’interdiction des cellulaires?
Oui. Toujours selon l’enquête menée à Oka, 31 % des élèves ont noté un effet négatif concernant la gestion du stress et de l’anxiété. Dans leurs commentaires, plusieurs élèves ont mentionné avoir l’habitude de gérer leur stress ou leur anxiété avec leur appareil, notamment grâce à la musique. L’écart entre les genres sur ce point est important: 44 % des filles contre 20 % des garçons, ce qui suggère que les filles étaient plus nombreuses à utiliser ce type d’outil pour s’autoréguler.
Un deuxième effet inattendu touche le temps d’écran à la maison: 28 % des élèves ont vu une augmentation de leur temps d’écran après l’école pour leurs loisirs, une perception cohérente avec celle de leurs parents, qui ont rapporté la même chose à 29 %. Autrement dit, une partie du temps d’écran retiré à l’école semble se déplacer vers la maison. C’est un élément important à considérer pour bien accompagner les familles.
Selon les données recueillies et les observations sur le terrain, quelles sont les recommandations pour mettre en œuvre efficacement l’interdiction du cellulaire à l’école?
Plusieurs facilitateurs reviennent d’une école à l’autre. D’abord, il faut expliquer clairement le règlement et les sanctions en lien avec l’interdiction du cellulaire au début de chaque année scolaire, mais aussi les raisons qui ont mené à cette mesure. Cette communication doit également rejoindre les parents en les sensibilisant aux bénéfices de l’interdiction et à l’importance d’encourager une utilisation équilibrée des écrans à la maison. Sur le terrain, offrir une variété d’activités parascolaires sur l’heure du midi permet de divertir les élèves. Une attention particulière devrait aussi être portée aux élèves vulnérables, notamment ceux et celles qui géraient leur stress ou leur anxiété avec leur appareil et qui doivent maintenant trouver d’autres outils. Quant au personnel scolaire, il a un rôle de modèle à jouer en adoptant les mêmes comportements que ceux attendus des jeunes.
D’une année à l’autre, les écoles devraient assurer un suivi pour identifier les facilitateurs et les obstacles propres à leur milieu ainsi que pour ajuster les pratiques en conséquence. Puis les intervenants et intervenantes au deuxième cycle du secondaire doivent préparer leurs élèves à la transition vers le postsecondaire en les aidant à développer une relation équilibrée avec leurs appareils et en soutenant leur autonomie dans l’usage de ceux-ci avant d’entrer dans un milieu où l’encadrement disparaît complètement. Cela peut, par exemple, passer par un atelier sur la configuration du cellulaire et les bonnes pratiques avec les écrans pour aider les élèves à en tirer les bénéfices pédagogiques sans en subir les distractions.
Pour en savoir plus, allez lire:
– 5 choses à savoir sur l’interdiction des cellulaires à l’école
– L’usage du cellulaire en classe: résumé des connaissances actuelles
– L’interdiction de l’usage des cellulaires à l’école en 6 questions